Une communauté diverse et plurielle :
Estimée à plus de 250 000 âmes, la communauté musulmane marseillaise est diverse tant sur le plan des pays d'origine que sur le plan social, culturel ou linguistique. Si elle constitue un atout, cette diversité ne va pas sans poser quelques problèmes.
Sur le plan strictement religieux, l'unité règne car la quasi-totalité sinon la totalité des marseillais de confession musulmane. Ils sont majoritairement sunnites de rite malékite. Un tiers , essentiellement des Comoriens, sont de rite chaféite.
Originaires des anciennes colonies, les Musulmans marseillais ont participé aux deux conflits mondiaux dans les troupes françaises. C'est souvent ainsi qu'ils ont connu Marseille. Puis, ils sont revenus en tant qu'ouvriers, d'abord en célibataires puis rejoints par leurs familles. Ils ont participé activement aux projets de constructions dans le cadre des restructurations urbaines et ce à partir des années 60.
Mais c'est surtout suite aux indépendances, particulièrement celle de l'Algérie, que l'essentiel de cette population s'est installé durablement dans la cité phocéenne.
Nombre de musulmans marseillais classés par ordre décroissant :
- Les Algériens 90 000 – 100 000
- Les Comoriens 60 000 – 70 000
- Les Tunisiens 25 000 - 30 000
- Les Africains 10 000 - 15 000
- Les Marocains 15 000 - 20 000
- Moyen-orient 10 000 - 15 000
- Convertis, autres 7 000 - 15 000
Après des années de précarité et un manque de volonté d’intégration de la première génération, on assiste, à partir des années 80, à une réelle insertion des Musulmans dans le tissu associatif, économique, culturel et politique de la ville, même si cela demeure laborieux et difficile.
Les étapes d'un long parcours :
Il existe plus de 65 lieux de culte musulmans à travers les 16 arrondissements de la ville, géographiquement situés dans les zones à forte présence musulmane 1er, 2e, 3e, 9e, 10e, 11e,12e,13e, 14e, 15e et 16e arrondissements.
Depuis 2002, le Conseil régional du culte musulman- Provence-Alpes-Côte d'Azur (CRCM-Paca) est devenu l'institution représentative du culte musulman reconnu aussi bien par l’Etat que par les autorités locales. Il est l'interface entre les associations musulmanes gestionnaires d'un lieu de culte et les pouvoirs publics.
Un système complexe d'élections par des représentants des lieux de culte a permis l'émergence de cette jeune institution avec comme premier président M. Mourad Zerfaoui, Imam de la Mosquée "Islah" (15e arrondissement). Les élections de 2005 ont porté à la tête du CRCM-Paca l'imam Abderrahmane Ghoul qui officie à la mosquée "Tahara" (1er arrondissement) et celles de 2007, M. Khalid Belkhadir (Carpentras).
Cette continuité institutionnelle récemment acquise est l'aboutissement d'une histoire longue et douloureuse dont plusieurs rebondissements ont marqué chaque étape. Cela montre à quel point les Musulmans marseillais ont dépassé leurs divergences.
C'est quelque part sur ce modèle que le consensus à propos de la Grande Mosquée de Marseille a pu être obtenu.
En effet, plusieurs projets de grande mosquée ont vu le jour pour remercier les combattants musulmans. Un seul, celui de 1937, était le plus avancé, A l'initiative de Louis Cottin et sous la présidence du Maire Henri TASSO, avec le soutien du préfet, du p d g de La Savoisienne, société de promotion immobilière, et la participation de Hadjem plus connu des sportifs sous le nom de "Jim Montel" et Talmudi, président local du Congrès musulman.
En effet un comité de patronage a présenté un ambitieux projet de centre islamique dont les plans ont été dessinés par l'architecte marseillais Gaston Castel.
Gaston Castel architecte (1886-1971)
Projet de Gaston Castel 1937
Ce projet a échoué suite à des divergences de vue avec M. Ben Gabrit, recteur de la Mosquée de Paris à l'époque.
Avec la guerre d'Algérie et au lendemain des indépendances, la question musulmane et, à fortiori, celle d'une grande mosquée à Marseille n'était plus à l'ordre du jour.
Ce n'est qu'en 1989-90 que Cheikh Abbas Bencheikh El Hocine, Recteur de la Mosquée de Paris, a crée, à Marseille, la première fédération régionale des musulmans (celle du sud de la France) avec le concours de 123 associations musulmanes de la région et a installé à sa tête l'Imam Bachir Dahmani, président de la mosquée Nasr (10e arrondissement). Il a annoncé l'édification d'une grande mosquée à Marseille qui n’a pas vu le jour suite à son décès en 1991.
La même année, l'Imam le plus influent et le plus populaire du moment, Abdelhadi Doudi, crée la mosquée Islah au marché aux puces (15e).
C'est aussi en 1989-90 que M. Slimani, patron des Halles Méditerranéenes des Viandes (HMV) présente, en grande pompe, à Me Albert Hini, Premier Adjoint, la maquette d'une mosquée.
En 1996, le Docteur Dalil Boubekeur, Recteur de la Mosquée de Paris nomme le jeune Soheib Bencheikh, fils du cheikh Abbas, ancien recteur de la mosquée de Paris, mufti de Marseille.
Le Mufti forme un Conseil de réflexion sur les affaires islamiques (CORAI) et présente à la presse une maquette futuriste d'une grande mosquée à Marseille. Il demande au Maire un terrain.
Une initiative municipale concrète :
Ce n'est qu'en 2001, après sa réelection que M.Jean-Claude Gaudin Sénateur Maire de Marseille annonce publiquement son intention d'offrir à la communauté musulmane un terrain à St Louis, sur les friches des anciens abattoirs, pour l'édification d'un"Centre Cultuel et Culturel musulman à Marseille".
Un comité de pilotage, composé d'élus municipaux, a auditionné plus de 150 personnalités d'horizons divers pour mieux appréhender la situation et évaluer les enjeux.
En réponse à cette initiative municipale, l'Imam Bachir Dahmani s'est allié au Mufti Bencheikh, sous la houlette de la Mosquée de Paris. Ils ont crée le collectif des associations musulmanes de Marseille (CAMM) pour porter le projet.
De leur côté, l'Imam Mourad Zerfaoui et le Cheikh Mohamed Yassine (Tabligh) alliés au sein du Conseil des Imams de Marseille et ses Environs (CIME), ont crée la Coordination des Musulmans de Marseille (COMUM) pour le même objectif.
Devant la polémique très vive, attisée par les déclarations divergentes à la presse locale, le blocage était patent. Chaque partie invitait l'autre à la rejoindre.
En décembre 2003, M. El Hassan Bouod, patron d'Islam Viandes, a fait une tentative de la dernière chance en réunissant dans ses bureaux le CIME et Soheib Bencheikh. Au bout de deux jours de conciliabules, les participants ont signé un accord définissant le partage des responsabilités dans la future association porteuse. Mais cet accord a été dénoncé unilatéralement par le Mufti Soheib Bencheikh et les membres du CORAI avant sa présentation au Sénateur Maire.
Après un passage à vide de deux ans, le projet a été repris par l'Imam Abderrahmane Ghoul dès le lendemain de son élection à la présidence du CRCM en 2005, porté par une alliance de la Fédération Grande Mosquée de Paris, de l'UOIF, de la FFAIACA et de l'Entente des Musulmans.
L'imam Ghoul et M. Mohsen Ngazou (UOIF) ont su, sur le modèle de l'alliance conclue au CRCM, relancer une dynamique qui a abouti assez rapidement à un assez large consensus qui a permis la création de l'association "Mosquée de Marseille".
Les négociations entre la Mairie et les responsables de l'association "La Mosquée de Marseille" se sont alors poursuivies jusqu'à la finalisation de l'accord en mars 2006,
Les responsables musulmans ont montré ainsi leur capacité à dépasser leurs divergences en parvenant à rassembler les principales tendances de l'Islam marseillais, pour la réalisation d'un projet historique, en panne depuis un plus d'un siècle et auquel peu y croient encore.
Un vote historique
Le 19 juin 2006, le Conseil Municipal de la Ville de Marseille a voté, à la quasi-unanimité (moins l'extrême droite), en présence des responsables du CRCM-Paca et de l'association "La Mosquée de Marseille", le bail emphytéotique par lequel la municipalité accorde un local de 2500 m2.
Ce local est situé dans le quartier de St Louis sur un terrain de 8500 m2, il est destiné à accueillir la future grande mosquée de Marseille. A côté de ce site se déroule depuis plus de 15 ans les opérations de sacrifice des moutons pour la fête de L’Aïd el Kébir.
Ce vote historique a mis fin à plus d'un siècle de tergiversations et d'ostracisme.
L'association a conclu une convention avec la caisse des Dépôts et Consignations (CDC) pour garantir la transparence financière des fonds récoltés et une convention technique d’Assistance à Maîtrise d’Ouvrage (AMO) avec la SEM "Marseille Aménagement".
En octobre 2007, l'association a pris livraison du terrain.
En juin 2008, un concours d'architectes a désigné le Bureau d'Architecture Méditerranée (BAM) comme lauréat.
Le permis de construire est en cours de constitution, la livraison de l’édifice est annoncée pour 2011-2012.
Marseille le 25 février 2009.